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On qualifie souvent mon travail d’abstrait. Pourtant, il ne l’est pas. Ou du moins, pas au sens d’un art détaché de la réalité.
Ma peinture est figurative. Non pas parce qu’elle représente le monde visible tel qu’on le connaît, mais parce qu’elle figure ce qui est en moi : des souvenirs, des images enfouies, des sensations qui refont surface sans que je les convoque consciemment.
Il m’arrive souvent de peindre sans savoir ce que je peins. Et ce n’est qu’après coup, parfois en confrontant la toile à une photo, une image du quotidien — comme celle d’un sol fissuré croisé lors d’un footing — que je comprends : j’ai représenté quelque chose de réel. Quelque chose que j’ai vu, vécu, ressenti. Mon corps l’a enregistré, mon esprit l’a oublié, mais ma main, elle, s’en souvient.
Je cours beaucoup. Et quand je cours, je vais bien. C’est un moment de calme, de clarté intérieure. Mes yeux sont souvent attirés par le sol. Pas par décision, mais par une forme de méditation involontaire. Des fissures, des lignes, des ombres — des images qui s’impriment silencieusement. À l’atelier, ce sont ces images qui ressurgissent. Comme des souvenirs corporels, pas forcément identifiables, mais profondément ancrés.
C’est pour cela que je dis que ma peinture est figurative. Elle représente. Elle représente des émotions, des fragments d’images vécues, oubliées puis retrouvées au bout du pinceau. Comme un test de Rorschach inversé : je ne vous montre pas une tache à interpréter, je peins ce que j’ai ressenti — et c’est vous, spectateur, qui y projeterez ce que vous êtes.
Mes toiles ressemblent aussi à des traces dans la neige. Comme celles que l’on voit après avoir patiné. Et enfant, je faisais du patin. Ces lignes, ces courbes, ces frottements, ce noir sur blanc : tout est là, inscrit quelque part en moi. Ce ne sont pas des souvenirs figés, ce sont des empreintes, des sensations persistantes. Ce sont des lignes que j’ai dessinées avec mon corps, et que je continue de tracer aujourd’hui, autrement.
Je ne peins pas pour représenter quelque chose.
Je peins pour retrouver un état.
Un état de paix, d’ancrage, parfois même d’euphorie silencieuse. Mes œuvres sont les empreintes d’un bien-être, d’un instant où tout était aligné. Et c’est peut-être ça, la véritable figuration : non pas montrer le monde tel qu’il est, mais figurer ce que nous avons traversé, profondément, intérieurement.
Mon but n’est pas d’expliquer, mais de faire ressentir. De provoquer une émotion. D’ouvrir un dialogue, non pas avec moi, mais avec vous-mêmes. Si mes œuvres touchent, c’est qu’elles résonnent avec quelque chose que vous connaissez déjà. C’est cette résonance intime qui me guide. C’est elle que je cherche.
C’est cela, pour moi, peindre : ouvrir un espace de résonance. Provoquer une émotion, pas pour l’expliquer, mais pour déclencher un dialogue intérieur. Ma peinture n’est pas un message, c’est un miroir. Elle n’impose rien, elle révèle.

